
Le mot « nègre » n’est plus du tout utilisé dans son sens premier. Il est même considéré comme raciste, vieilli et péjoratif, nous précise le dictionnaire Le Robert.
Normal, il renvoie au cruel esclavagisme des noirs.
En écriture, il possède un second sens depuis le XVIIIe siècle : celui de l’auteur anonyme qui écrit pour d’autres. C’est un écrivain privé, payé à la tâche. Il renonce à ses droits d’auteur (ou n’en perçoit qu’une faible partie) pour le compte d’un tiers.
Il est le « nègre » dans la mesure où il fait tout le travail, sans en retirer le véritable bénéfice. Il est relégué au rang de collaborateur de l’ombre, mais de manière délibérée de sa part, par choix ou par nécessité. Le client signera donc l’ouvrage final comme s’il en avait rédigé l’intégralité, ni vu ni connu !
De nos jours, la dénomination de « nègre littéraire » est communément remplacée par « Écrivain de l’ombre » (ghost writer pour les anglophones). Il rédige pour les autres sans signer son œuvre, sans mentionner son nom. Il est l’écrivain de substitution, la doublure littéraire, l’auteur à gage, le rédacteur sous-traitant, l’écrivain à louer…
Parfois, on trouve le nom de cet écrivain de l’ombre sur la quatrième de couverture, voire… dans les mentions légales !
Dans un communiqué de 2017, le ministère de la Culture recommande l’usage du mot « prête-plume » ou « plume cachée », termes plus neutres et génériques pour désigner ce prestataire de l’ombre.
Ce travail d’écriture dissimulée est bien plus fréquent qu’on ne le pense… mais reste assez tabou ! Cette mission est l’essence même de tout écrivain privé qui va retravailler ou écrire intégralement un texte pour son client.
Quand on sait que Shakespeare et Alexandre Dumas n’étaient pas seuls pour la rédaction d’Hamlet ou du Comte de Monte Cristo, tout est dit !
